Saint Sauveur et les bébés recycleurs

Saint Sauveur, nous voilà !
 
Ce coup-çi, nous partons pour faire une plongée "normale", mais avec la mission de faire au moins une heure de palier dans la cloche. Nous voulons valider le bon fonctionnement de nos nouveaux recycleurs oxygène pur fabrication maison.

L'idée de faire le palier O2 avec un recycleur après une plongée recycleur est somme toute normale. En circuit ouvert l'oxygène est gaspillé à chaque expiration. Il est dans des bouteilles toujours trop lourdes, toujours trop coûteuses. Bref, les contraintes sont suffisament importantes pour faire attention à la dépense. L'énergie musculaire, les finances sont des ressources trop difficilement renouvelables ! Donc palier au recyeleur.

Changer de recycleur pour finir les paliers d'une longue plongée, d'autres l'ont fait. Finir dans une cloche de décompression, c'est vraiment bien. Dans une cloche, à deux dans un mètre cube, il nous faut des petits recycleurs.

 Le Ray est bien mais très encombrant. Il n'est pas possible d'enlever la stab, qui ne sert pas dans une cloche. Comme il ne peut pas maigrir, le Ray reste à la maison.

A la cave, dormaient deux maginifiques Submatix (un SCR et un CCR). J'avoue à une époque avoir été séduit par le concept de la machine. Après quelques plongées "sportives" en Manche et Atlantique sur les épaves par chez nous, les deux bestiaux ont été rangés dans leurs boîtes. J'ai bien essayé de les vendre mais j'avais un tel enthousiasme à présenter les caractéristiques de ces machines que je n'ai trouvé personne pour les acheter ... C'est très bien ainsi car ils vont avoir une deuxième vie magnifique comme recycleur de palier.

Le canister prend place au fond d'un filet de bouteille tout ce qu'il y a de plus standard. Un des canisters est équipé de ses deux faux poumons tandis que je vais essayer avec un seul. Je n'ai pas de valve de surpression, il faut que je fasse attention. L'ADV est relié à une 18 litres d'oxygène suspendue à la cloche et le tour est joué.

Il n'y a pas de problème pour faire une heure de palier à Saint Sauveur. Il suffit de descendre nettoyer un peu et remonter quand c'est l'heure.

Il y a foule quand nous arrivons sur place. Au moins 5 - 6 voitures sont déjà là. Il faut faire un peu de portage pour mettre tout le matériel au bord de la vasque. Les scooteurs (je ne suis pas rancunier) sont chargés et prêt à donner toute leur puissance .... Je vois bien qu'il y a quelques sourires quand je pose mes recycleurs/sac filet au bord de l'eau. Mais moi aussi, je les trouve rigolos ces bébés recycleurs.

 La bouteille de 18 litres et son petit recycleur sont déposés dans la cloche. Barnabé va descendre le sien et va le suspendre à coté de son frère en haut de la cloche.

Fort de l'expérience d'hier, je suis correctement lesté, les bouteilles au bon endroit et plaquées comme il faut sous les bras. Le matériel bien ramassé autour de moi, je passe l'étroiture de l'entrée sans toucher (enfin presque), sans effort en tout cas ! C'est super. La visibilité l'est beaucoup moins, juste quelques mètres. Heureusement que nous n'avons pas fait tout ce chemin pour faire des images.

Impulsion sur les pieds, je lance le scooter et hop c'est parti. Qu'elle est belle cette descente. Equilibre des oreilles, du masque, du vêtement, du recycleur en têtant un peu l'ADV et je recommence un tour. Oreille, masque, vêtement, recycleur et ça continue encore et encore.

Tiens ! La pancarte des 50 mètres est maintenant fixée sur une petite aspérité de la paroi. Avant, elle était juste suspendue sur le fil. Elle ne bougera plus comme ça ! J'arrive en bas de la dune 60 puis 70 et l'intestin grêle commence. Le scooter stope à côté du premier bout de fil de que vois. Je prends le petit touret au fond du sac filet et je commence à enrouler. Je coupe, j'enroule et j'avance. Je suis vraiment content de faire un peu de nettoyage.  J'ai plein de pensés positive envers l'équipe d'Abyssnaut pour leur éclairage. L'Evolustar Z6 que j'ai fixé sur le scooter éclaire la zone de travail et le MiniStar Twin Amphibie sur la cagoule est orienté comme je veux. En un geste de la main, les phares éclairent ce que je suis en train de démêler, ou l'ordinateur, ou loin devant pendant la navigation. Pouvoir changer facilement l'orientation de ces lampes est un réel confort. 
Elle va être toute belle après cette galerie ! Barnabé me rejoint. Il va un peu plus loin et va progresser vers moi. Mon touret est plein quand je vois ses lumières qui arrivent. Timing parfait. Quand il me rejoint, il me propose de rester encore un peu jouer du EEsy Cut. Pas de problème, j'ai fait mon temps mais lui doit pouvoir rester encore un peu. Je remonte à 50 mètres et je l'attends. Le bout des palmes posées dans la pente, je suis immobile, suspendue dans le vide. J'ai éteint ou masqué mes lampes pour mieux voir arriver sa lumière. Mais un faisceau verdâtre arrive par derrière. Je me retourne. Deux plongeurs en circuit ouvert descendent doucement la pente. C'est superbe. Ils passent au dessus de moi, tranquillement. Si il n'y avait pas le bruit assoudissant de leurs bulles, ce serait un instant de science fiction fantastique. Leurs phares façon lazer de la guerre des étoiles se promènent sur les parois. A chaque mouvement, j'immagine le bruit caractérisique du sable Jedï. Leur palmage est fluide, ils sont bien équilibrés, ils descendent la pente régulièrement. C'est beau.

Comme Barnabé n'arrive toujours pas, je décide de remonter et d'aller enfin essayer mon bébé recycleur. Je suis au palier de 12 mètres quand il me rejoint. Je le laisse là pour me déséquiper. Les blocs de diluant et d'oxygène sont fixés à la cloche. Je prends un détendeur le temps de quitter ce que j'ai sur le dos et je grimpe dans le palace de décompression.

Attention attention Mesdames et Messieurs, l'instant de vérité est là. J'ouvre la bouteille d'oxygène et je prends ma première respiration dans mon bébé. Youpi ! Ca marche ! Je me cale, je me rince bien, et j'attends Barnabé qui ne tarde pas à arriver.

Nous sommes l'un à côté de l'autre et au début c'est l'euphorie. Nous discutons de tout, la plongée, le nettoyage, les bébés recycleurs ... Ca papote ... Progressivement le silence se fait. De temps en temps, nous levons les genoux en coeur pour évacuer un peu d'air et retrouver le silence.

Soudain Barnabé sursaute. Moi aussi je sens qu'on me prend la cheville. Nous nous penchons pour voir un plongeur qui arrive dans la cloche. C'est trop cool d'avoir de la visite ! C'est un Bernabé ! C'est Pascal qui passe nous saluer et vérifier que tout se passe bien. Il est avec un client mais se propose de venir nous aider pour récupérer tous les blocs et nous accompagner jusqu'à la surface. Nous sommes super contents de le voir et c'est vraiment sympa de se proposer pour le coup de main. Nous prenons rendez-vous pour la fin des paliers.

Un peu plus tard, je sors mais je n'essaie pas de revenir dans mon recycleur. Fixé au moulinet et je le laisse regagner la surface par ses propres moyens. Je reste sur le bébé recycleur. J'emporte avec moi trois quatre bouteilles et laisse le reste à Pascal. Barnabé lui, enfile son Boris, laisse lui aussi quelques bouteilles à notre champion du monde et tout le monde se retrouve en surface.

C'est super. Les bébés n'ont pas pris trop l'eau le temps de la descente dans la cloche. Pendant les paliers, la respiration était sans effort, les rinçages faciles. Nous avons consommé 30 bars de la 18 litres d'O2 pour 100 minutes de palier à 9 mètres. C'est tout à fait correct. Nous étions habillés légers avec juste la combinaison Sharkskin et un pull polaire dans une eau à 13°C et nous n'avons pas eu froid pendant ces 200 minutes de plongée. Et puis encore des rencontres sympas avec aujourd'hui Pascal qui joue les sherpas de luxe. Merci à lui.